L'éducation sera la clef pour éviter de nouvelles « controverses des caricatures »



9 février 2006 -- « Nous ne pouvons plus nous permettre d'ignorer les 
perspectives des autres populations dans le monde. Notre sécurité 
économique dépend des personnes avec qui nous n'avons jamais été en contact 
», affirme un membre du Comité des sages de l'« Alliance des civilisations 
», après la flambée de violences provoquée par la publication des 
caricatures du prophète Mahomet.

« Il nous faut arriver au stade où les différentes sociétés possèdent un 
certain degré de compréhension des inquiétudes et des injustices et même 
des sensibilités des autres sociétés dans le monde », a déclaré Shamil 
Idriss, directeur adjoint du Bureau de l'Alliance des civilisations, un 
groupe de travail créé par le Secrétaire général, pour combattre les 
divisions entre les cultures, notamment entre le monde musulman et 
l'occident, qui menacent de manière potentielle la paix dans le monde.

« Ce degré de responsabilité et de complexité fait aujourd'hui très peur. 
Comment savoir tout ce qui pourrait provoquer de la violence chez les 
autres. Cela paraît être insurmontable mais il nous faut pourtant y 
arriver. Il nous faut trouver les chemins qui nous permettront d'apprendre 
dès le plus jeune âge les différentes perspectives mondiales », a affirmé 
le directeur, au cours d'un entretien réalisé hier avec le Centre des 
nouvelles de l'ONU.

« Ce que je trouve très compliqué dans cette affaire c'est d'essayer 
d'expliquer aux gens les perceptions des différentes communautés. D'un côté 
il y a la liberté de la presse. Mais il y a aussi la responsabilité qui va 
avec. En tout cas, rien ne peut justifier cette violence qui n'est pas la 
solution », a souligné Shamil Idriss.

« Le seul moyen que j'ai trouvé pour expliquer cette controverse à mes amis 
américains est de comparer les caricatures à des tabous américains. Aux 
Etats-Unis, brûler des croix provoque des réactions viscérales parce que 
cela fait référence à l'esclavage et aux lynchages des Noirs américains. Si 
l'on s'en servait à des fins artistiques, cela provoquerait un tollé parmi 
la population noire américaine ».

« Ce qui est tabou dans le monde musulman, c'est premièrement, la 
représentation du prophète Mahomet et, deuxièmement, sa représentation dans 
une forme aussi violente ».

« Avant même de commencer à penser comment régler ce problème, il faut 
aider les gens à comprendre d'où vient cette réaction viscérale. Quel 
impact peuvent avoir ces caricatures sur certaines populations. Après 
seulement, on peut se demander comment répondre à ce problème. C'est donc 
d'abord un problème d'éducation », a-t-il estimé.

« Qu'est-ce qui aurait pu être fait au cours des trois mois qui se sont 
écoulés entre la publication et le début des violences ? Qu'est-ce qui 
aurait pu être fait différemment au niveau politique, au niveau religieux 
et au niveau de la société civile pour prévenir ces violences ? Qu'est-ce 
qui aurait pu être fait avant même la publication de ces dessins ? 
Peut-être que l'éditeur aurait lui-même pensé que ce n'était pas une bonne 
idée », a-t-il expliqué.

Le Groupe de haut niveau sur l'Alliance des civilisations, établi par le 
Secrétaire général, le 14 juillet dernier, devra remettre, avant la fin de 
l'année, un plan d'action et des recommandations concrètes à l'intention 
non seulement des décideurs politiques et des leaders religieux mais aussi 
des Nations Unies et de la société civile.

« Nous travaillons actuellement sur quatre grandes questions : engagement 
de la jeunesse, l'impact des médias et comment les médias pourraient avoir 
un impact plus constructif, l'intégration des immigrés et la réforme de 
l'éducation », a indiqué Shamil Idriss.

Coprésidé par l'ancien directeur général de l'UNESCO, l'Espagnol Frederico 
Mayor, et un ministre et professeur de théologie turc, Mehmet Aydin, le 
Groupe de haut a tenu sa première réunion de travail en novembre dernier à 
Majorque en Espagne.

La prochaine réunion aura lieu dans 15 jours.

Parmi les 19 membres du groupe de haut niveau, figurent l'ancien président 
iranien Seyed Mohamed Khatami, l'ancien ministre des Affaires étrangères 
français Hubert Védrine et le conseiller spécial du roi Mohammed VI du 
Maroc André Azoulay.

Le président espagnol José Luis Rodriguez Zapatero et le premier ministre 
turc Recep Tayyip Erdogan sont à l'origine de cette initiative.

Sur les réactions du Secrétaire général dans l'affaire des caricatures, 
voir notre dépêche d'aujourd'hui et notre dépêche du 7 février 2006 sur la 
déclaration conjointe de l'ONU, de l'Organisation de la Conférence 
islamique (OCI) et de l'Union européenne.

Centre de Nouvelles ONU



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