Lutte contre le sida: quelques propositions pour la



sensibilisation des jeunes
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Chers collègues,

Le travail effectué auprès des jeunes nous montre que l'âge du premier 
rapport sexuel se situe désormais entre 10 et 12 ans pour les filles, 14 et 
16 ans pour les garçons: il y a deux décennies, cet âge se situait entre 16 
ans et 18 ans pour les filles, et plus pour les garçons. Ceci est dû à 
l'avènement des nouvelles technologies de la communication et de l'information.

En effet, notre société a perdu ses repères. Les modèles d'antan (papa et 
maman) ont été rejetés au profit des grandes stars de la chanson, du 
cinéma, du sport etc. Cette volonté des jeunes de ressembler à leurs idoles 
ne rend pas la tâche facile aux éducateurs. Il ya un laisser -aller 
permanent, d'où la démission des parents et autres encadreurs et 
accompagnateurs de la jeunesse. C'est sans doute ce qui explique la 
recrudescence des IST et du VIH en milieu jeune. A cause de ce laisser 
aller, il arrive même que certaines filles connaissent leurs premier 
rapport sexuel avant leurs premières règles, car poussées par la cupidité 
et les intérêts égoïstes de leurs géniteurs, et se sentent obligées de se 
prostituer pour contribuer aux charges de la famille.

En pratique, la tribune sida est l'une des rares occasions qui nous est 
offerte pour parler de la sexualité aux jeunes. Dans ce cadre, l'accent est 
généralement mis sur l'utilisation des préservatifs, et des précautions à 
prendre pour mieux s'en servir. Pour nous, cela se traduit en: "allez, 
faites comme vous voulez, courez, sautez, dansez, amusez -vous bien, mais 
jamais sans votre préservatif". Avant l'avènement du sida, on luttait 
beaucoup plus contre les grossesses en milieu jeune. On leur disait: 
"marchez en groupe mixte, évitez de vous retrouver à deux car jamais deux 
sans trois". Les jeunes eux, sont restés indifférents et c'est aussi la 
raison pour laquelle on a connu des avortements clandestins et des 
dépravations scolaires.

Vers de nouvelles pistes?

Notre culture ne nous permet pas de parler aussi ouvertement du sexe, car 
nous sommes essentiellement pudiques. C'est un sujet tabou, interdit. Tout 
ce qui est relatif au sexe, "sont les choses de Satan". Seulement, les 
temps ont changé. Evitons le perpétuel conflit de génération et nous 
faisons pas maître de l'avenir; les enfants d'aujourd'hui sont les adultes 
de demain; de manière fatale, ils vivront avec leurs enfants ce que nous 
vivons avec eux aujourd'hui.

Le droit à la vie implique tous les droits, notamment celui du droit à 
l'éducation sexuelle. Eduquer suppose l'enseignement du permis et du non 
permis. Nous transmettons généralement et facilement ce que nous avons 
nous-mêmes reçus dans notre éducation et de nos parents. S'agissant de 
l'éducation sexuelle, nous sommes sincèrement gênés, (parents et 
éducateurs) car, disons-nous, "nous ne savons ni ne pouvons transmettre ce 
qui ne nous a pas été enseigné".

Nous autres, avons vécu à une époque où les mass médias n'étaient pas assez 
développés. Aujourd'hui, nos enfants ont non seulement la télévision, mais 
le choix entre plusieurs chaînes. Parler donc de sexualité avec eux 
éviterait des désagréments. Trouvons ensemble le moyen d'aborder le sujet, 
le déclic qui nous permettra de développer en eux un esprit critique sur ce 
que nous écoutons, voyons et disons sur le sexe. Si non, que se passe-t-il?

Les enfants cherchent des réponses auprès de leurs amis qui n'en savent pas 
plus qu'eux, ou bien, ils achètent des revues pornographiques, ou encore 
vont visiter des sites pornographiques sur internet. Cette façon d'aborder 
le sujet développe en eux des idées erronées aux quelles ils croient 
mordicus. Si vous vous balladez dans les grandes villes du Cameroun, vous 
verrez des vidéo clubs qui foisonnent dans les carrefours; si vous lisez au 
programme de la journée "grand match", ne pensez pas au foot-ball, mais 
plutôt à une séance de film X. Vous serez d'autant plus surpris que nos 
chérubins de moins de 10 ans qui ne sont pas capables de payer les 25 F. 
CFA pour l'entrée, préféreront nettoyer le sol ou rendre un quelconque 
service pour pouvoir visionner eux aussi.

Quelques propositions:

Dans le cadre de nos activités, au lieu d'entrer de manière brutale dans le 
sida, nous commençons d'abord par parler du corps humain, de ces 
différentes fonctions; ensuite, nous insistons sur la fonction reproductive 
en les faisant observer autour d'eux les reproductions des plantes, des 
animaux, etc. (1ère séance). A la deuxième séance, nous abordons la 
puberté; nous leur expliquons les raisons pour les quelles le corps se 
transforme en leur disant tout simplement que c'est parce que nous sommes 
les futurs papa et mamans. Nous cheminons ainsi en encourageant les 
questionnements et les débats qui engagent leur avenir, et surtout celui de 
leur corps. C'est l'occasion de leur montrer la valeur de ce corps qui est 
tout ce qu'un être a de plus cher, et qui doit être préservé, respecté par 
tous et par chacun: bref, nous leur expliquons que c'est un capital extra 
patrimonial. C'est enfin à la troisième séance que nous abordons les 
IST/VIH comme conséquence de la mauvaise utilisation de son
  corps.

Notre rôle de parents et d'éducateurs:

Il doit y avoir synergie entre parents et éducateurs: quand l'enfant n'a 
pas bien compris, il se rapproche des parents généralement des parents pour 
mieux discuter. "Va voir ta mère" lui répond le père; et à son tour, la 
mère répond: "ce n'est pas pour cela que nous t'avons envoyé à l'école" ou 
encore " va d'abord à l'école, ce n'est pas encore le moment". Nous pensons 
que dans ce cas, le parent doit d'abord prendre acte de la question de 
l'enfant, remettre la réponse à plus tard, le temps pour lui de contacter 
l'éducateur afin qu'on voit comment lui répondre. Si non, à qui voulez-vous 
donc que la petite fille aille quand les loups garous et autres rapaces lui 
disent que si elle n'a pas de rapport sexuel, son sexe peut se refermer, 
elle n'aura pas un beau corps, elle ne fera pas d'enfant, etc. Les garçons 
quant à eux se disent que s'ils n'ont pas de rapport sexuel avant un 
certain âge, le sperme va s'accumuler en eux et ils seront opérés, ou que 
les enfants qu'ils mettront au monde
  ne seront pas normaux, ou encore qu'un muscle qui ne travaille pas 
s'atrophie, ou qu'ils risquent d'avoir le cancer de la prostate, etc. 
Retenons qu'en milieu jeune, chacun trompe qui il peut.

Seuls les parents et éducateurs sont capables de rassurer les enfants 
devant ce genre de question. La réponse n'est ni dans les revues, ni sur 
internet. Nos enfants ne sont pas dupes; ils croient connaître beaucoup de 
choses sur la sexualité, mais leurs idées sont mal fondées. C'est à nous de 
leur donner l'information vraie en créant tout simplement un climat de 
confiance. Montrons leur que nous accordons du prix à leur éducation.

Il ne suffit pas pour nous d'acheter les préservatifs pour les dissimuler 
dans leurs affaires; ce qui est sûr, c'est qu'ils savent parfaitement que 
c'est nous qui avons mis ces préservatifs; ils ne les utiliseront jamais 
pour nous montrer qu'ils sont sérieux, qu'ils restent encore notre petit 
"coucou". Ils achètent le leur et vivent leur expérience. Apprenons leur 
que toute bonne relation construit l'homme et ne la détruit pas. Nous vous 
invitons à vivre cette expérience dans vos milieux jeunes.

A bientôt.

Kenmogne Matchim Pauline

Formatrice Justice & Paix

Douala Cameroun.

pamake_cm@yahoo.fr




  

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