La mise à jour sur la Session Extraordinaire, No. 5



La mise à jour sur la Session Extraordinaire, No. 5, 11 mai 2002

* le texte est édulcoré sur les droits et la santé génésique
* une superpuissance fait la loi
* les ONG ont trouvé porte close


LE VERDICT SUR LA SESSION EXTRAORDINAIRE : GRANDE DECEPTION, IMMENSE REUSSITE

Cela ne s?est pas fini en fanfare, mais avec des larmes.

C?est essentiellement la plus grande coalition non-gouvernementale à la 
Session extraordinaire, à savoir le Caucus sur les droits de l?enfant, qui 
a « versé des larmes » , mais la critique a été également plus vive qu?on 
ne s?y attendait de la part de certains pays qui se sont exprimés après 
qu?est intervenu l?accord sur la déclaration finale, vendredi en fin de soirée.

Le Caucus s?est exprimé par la bouche de Jo Becker, qui a déclaré que son 
groupe, regroupant une centaine d?organisations, était « extrêmement déçu » 
de la dévalorisation de la Convention relative aux droits de l?enfant dans 
le document. Elle a accusé les états d?avoir « gâché l?occasion » de 
développer le travail accompli au cours des dix dernières années.

Estimant que l?ensemble du processus de négociations avait mal fonctionné, 
le Caucus a déclaré que les Etats-Unis et l?Union Européenne (UE) avaient 
négocié le compromis final,  l?UE ayant abandonné ses engagements, qu?ils 
avaient ensuite présenté aux autres états comme étant « à prendre ou à 
laisser ». « Les Etats-Unis ont complètement dominé les négociations sur le 
document, et l?UE les a laissé faire sans broncher », selon Jo Becker.

Le Caucus a déploré qu?à la suite de « débats houleux sur les droits 
sexuels et génésiques », les états n?aient finalement accepté que des 
références très vagues aux conférences internationales précédentes, ne 
mentionnant pas explicitement les droits des adolescents à bénéficier 
d?information, d?éducation et de structures complètes sur les questions 
sexuelles et génésiques.

Quant à la disparition du texte de l?objectif de 0,7  pour cent du produit 
intérieur brut pour l?aide au développement, « c?est une immense déception 
pour nous tous », a estimé Mme Becker.

Plusieurs jeunes participants ont aussi exprimé leur déception :

Tom Burke, délégué britannique de moins de 18 ans et membre du Caucus, a 
déclaré : « A la fin du Forum des enfants nous avons dit noir sur blanc aux 
états à quoi ressemblerait Un monde digne de nous. Le document de 
conclusion est vraiment décevant. Nous nous sommes exprimés, mais on a 
l?impression que personne ne nous a écoutés. »

Bala Subramanya, autre participante jeune, est allée encore plus loin : « 
Le document de conclusion ne reflète nulle part le point de vue des enfants ».

S?exprimant au nom de l?Alliance indienne des droits de l?enfant, Razia 
Sultan Ismail Abbsi a accusé le gouvernement américain d?avoir fait 
obstacle à un accord productif. D?après elle, le risque est que le 
comportement des Américains, qui ont imposé un texte conforme à leurs 
intérêts, ait comme résultat pratique d?ébranler les engagements d?autres pays.

Elle a également estimé que les états d?Asie du Sud, où vivent la majorité 
des enfants du monde, ont obtenu des résultats décevants par rapport aux 
objectifs du Sommet sur les enfants de 1990, et auraient à répondre du peu 
de résistance qu?ils avaient opposée dans ces négociations.

Selon elle, les négociations ont laissé un goût d?échec. Concernant la 
Convention, elle a déclaré : « Nous venons d?avoir dix  années décevantes, 
il se peut bien que les dix prochaines soient aussi médiocres. »

Mary Purcell, pour le Comité ONG à l?UNICEF, a critiqué le manque d?accès 
donné aux ONG pendant les négociations. Pendant tout le processus, a-t-elle 
dit,  il avait été difficile d?avoir des contacts avec les délégués, et la 
situation avait empiré en avril : toutes les portes étaient alors restées 
hermétiquement closes. Selon elle, la difficulté à communiquer avec les 
délégués est l?une des raisons de la faiblesse du document.

Une autre membre du Comité ONG à l?UNICEF, Mary Diaz, a abordé le même 
problème vendredi soir dans son intervention devant la conférence. Elle a 
relevé la difficulté d?accès pour les ONG, disant aux états qu?ils devaient 
reconnaître l?importance de la participation des ONG. De plus, la 
conférence, dans la déclaration finale, n?avait pas accordé à la Convention 
relative aux droits de l?enfant l?importance qui lui est due; quelles 
conclusions les enfants en tireront-ils sur l?attachement des états à leurs 
droits ?

Le groupe des « proches » (like-minded), où l?on trouve l?Australie, le 
Canada, la Croatie, l?Islande, le Liechtenstein, la Nouvelle Zélande, la 
Norvège, Saint Marin, la Slovaquie et la Suisse, ont également critiqué le 
manque de transparence. Lors de la réunion de vendredi soir, un 
porte-parole du groupe a déclaré que leurs efforts de préserver une 
certaine ouverture pendant les négociations n?avaient pas été imités par 
d?autres. Or, une plus grande coopération aurait permis de produire un 
document de conclusion plus satisfaisant, a-t-il estimé.

Le Mexique est allé encore plus loin, se déclarant en complet désaccord 
avec les procédures de négociations. Le groupe de Rio [c?est à dire les 
pays d?Amérique du Sud] avait fait « d?énormes efforts » pour arriver à un 
compromis, et s?était vu injustement accusé de faire obstacle à un accord. 
Une telle conduite, selon le Mexique, n?est pas acceptable et compromet les 
négociations multilatérales dans leur ensemble.

La Bolivie a fustigé l?absence de mention explicite des droits génésiques 
pour les adolescents, un problème particulièrement aigü en Bolivie où il 
peut représenter un danger pour le droit à la vie des femmes. Quant au 
Canada, il s?est félicité du progrès réalisé dans le texte sur les enfants 
autochtones et la participation des enfants, mais a déploré le caractère du 
débat sur les questions sexuelles et génésiques, estimant que des « 
tentatives regrettables » avaient été faites de revenir sur un libellé 
adopté lors de conférences précédentes de l?ONU, et que le « document était 
très décevant » sur ces questions.

Par contraste avec ce sentiment de déception, voire dans certains cas de 
colère, les Etats-Unis, eux, ont estimé au contraire que la conférence 
avait été « une immense réussite »  et le groupe « Certains pays en 
développement » ont déclaré : « Nous avons remporté aujourd?hui une 
victoire historique. C?est un beau cadeau que nous faisons aux enfants en 
ce 21ème siècle. »

La directrice exécutive de l?UNICEF, Carol Bellamy, a également décrit la 
conférence en termes très positifs. Elle a ainsi relevé la présence de 
quelque 60 dirigeants au Sommet : présidents, vice-présidents, premiers 
ministres, vice-premiers ministres, sans compter deux reines, un roi et des 
princes, relevé le fort contingent de députés et de dirigeants religieux, 
du secteur privé et des ONG, l?évaluation de fin de décennie du Secrétaire 
Général, le Mouvement Mondial pour les enfants, les plans d?action 
nationaux et régionaux, le lancement d?un certain nombre d?initiatives 
pendant le Sommet, comme la campagne sur la carence en micro-éléments 
nutritifs, la participation des enfants,  la première Session de 
l?Assemblée Générale pendant laquelle on n?avait pas seulement vu, mais 
aussi entendu, les enfants, et enfin « un document de conclusion très 
robuste » .


UN MONDE DIGNE DES ENFANTS

Le 10 mai, les états sont parvenus à un accord et ont adopté un projet de 
résolution, document intitulé « Un monde digne des enfants ».

Pour les états, souscrire à ce texte signifie qu?ils s?engagent à atteindre 
un certain nombre d?objectifs et de repères d?ici à 2010. Le document de 
conclusion se compose d?une déclaration, d?une évaluation des progrès 
réalisés et des leçons tirées, et d?un plan d?action détaillé.

Quatre priorités sont identifiées pour les enfants pour les dix années à 
venir :
* améliorer leur santé
* leur dispenser un enseignement de qualité
* les protéger de la maltraitance, de l?exploitation et de la violence
* lutter contre le VIH et le SIDA.

Le Plan d?Action examine comment édifier un monde digne des enfants en 
décrivant les objectifs à atteindre, les stratégies à élaborer, les mesures 
à prendre ; il évoque également la mobilisation des ressources et le 
travail de suivi et de contrôle. Ces objectifs et mesures sont liés aux 
objectifs de développement du Millénaire.

En tout, on compte 21 objectifs et repères précis concernant la santé des 
enfants, leur éducation et leur protection pour les dix années à venir.


I AMELIORER LA SANTE DES ENFANTS


(a) réduire d?un tiers au moins le taux de mortalité des nourrissons et des 
moins de cinq ans, l?objectif global étant de faire diminuer ce taux des 
deux tiers à l?horizon 2015 ;

(b) réduire d?un tiers au moins le taux de mortalité maternelle, en vue 
d?atteindre l?objectif consistant à réduire ce taux des trois quarts à 
l?horizon 2015 ;

(c) réduire d?un tiers au moins les taux de malnutrition des enfants de 
moins de cinq ans, et surtout des moins de deux ans, et réduire d?un tiers 
au moins les taux d?insuffisance pondérale à la naissance ;

(d) réduire d?un tiers au moins le nombre de ménages ne disposant pas 
d?installations sanitaires et n?ayant pas accès à l?eau potable à un prix 
abordable ;

(e) élaborer et mettre en oeuvre des politiques et des mesures nationales 
en faveur de la petite enfance et du développement physique, social, 
affectif, spirituel et intellectuel des enfants ;

(f) formuler et mettre en oeuvre des politiques et programmes nationaux de 
santé publique assortis d?objectifs et d?indicateurs de réalisation et axés 
sur les adolescents en vue de contribuer à leur bonne santé physique et 
mentale ;

(g) mettre à la portée de tous ceux qui sont en âge d?en avoir besoin, au 
plus tard en 2015, des soins de santé en matière de procréation, dans le 
cadre d?un système de soins de santé primaires.


II DISPENSER UN ENSEIGNEMENT DE QUALITE

(a) étendre et améliorer l?éducation et les soins complets en faveur de la 
petite enfance, tant pour les filles que pour les garçons, notamment des 
enfants les plus vulnérables et défavorisés ;

(b) réduire de moitié le nombre d?enfants qui, bien qu?en âge de fréquenter 
l?école primaire, ne sont pas scolarisés et atteindre d?ici à 2010 un taux 
d?inscription net ou de participation à des programmes d?éducation primaire 
non traditionnels de bonne qualité d?au moins 90 % dans l?éducation primaire ;

(c) éliminer les disparités entre filleset garçons dans l?enseignement 
primaire et secondaire d?ici à 2005 ; et réaliser l?égalité entre les sexes 
en matière d?éducation d?ici à 2015, en s?attachant à assurer aux filles le 
plein accès, sur une pied d?égalité, à une éducation de base de bonne 
qualité en veillant à ce qu?elles achèvent leurs études ;

(d) améliorer tous les aspects de la qualité de l?éducation de base de 
façon que les enfants et les jeunes obtiennent des résultats reconnus et 
mesurables en particulier en ce qui concerne le calcul, la lecture et 
l?écriture et les compétences pratiques essentielles ;

(e) veiller à répondre aux besoins en matière d?éducation de tous les 
jeunes en leur assurant l?accès à des programmes appropriés d?enseignement 
de base et d?enseignement des compétences pratiques et essentielles ;

(f) élever de 50 % le niveau d?alphabétisation des adultes, en particulier 
des femmes, d?ici à 2015.


III LES PROTEGER DE LA MALTRAITANCE, DE L?EXPLOITATION ET DE LA VIOLENCE

(a) protéger les enfants contre toutes les formes de maltraitance, de 
délaissement, d?exploitation et de violence ;

(b) protéger les enfants contre les répercussions des conflits armés et des 
déplacements forcés, et veiller au respect du droit international 
humanitaire et des droits de l?homme (non convenu) ;

(c) protéger les enfants contre toutes les formes d?exploitation  sexuelle, 
y compris la pédophilie, la traite et le rapt ;

(d) prendre immédiatement des mesures efficaces pour éliminer les pires 
formes de travail des enfants, telles qu?elles sont définies dans la 
Convention No 182 de l?Organisation Internationale du Travail et élaborer 
et appliquer des stratégies pour éliminer le travail des enfants qui est 
contraire aux normes acceptées au niveau international ;

(e) améliorer le sort des millions d?enfants qui vivent dans des conditions 
particulièrement difficiles.

IV LUTTER CONTRE LE VIH ET LE SIDA

(a) fixer, d?ici à 2003, des objectifs nationaux assortis de délais pour 
réaliser l?objectif de prévention arrêté au niveau mondial tendant à 
réduire de 25 % d?ici à 2005 la séroprévalence parmi les jeunes des deux 
sexes âgés de 15 à 24 ans dans les pays les plus touchés et de 25 % à 
l?échelle mondiale d?ici à 2010, et intensifier les efforts pour réaliser 
ces objectifs et lutter contre les stéréotypes et les comportements 
sexistes, ainsi que les inégalités de traitement entre les sexes en ce qui 
concerne le VIH et le SIDA, en encourageant la participation active des 
hommes et des garçons ;

(b) réduire de 20 % d?ici à 2005 et de 50 % d?ici à 2010 la proportion 
d?enfants infectés par le VIH, en faisant en sorte que 80 % des femmes 
enceintes qui reçoivent des soins prénataux aient accès à des services 
d?information, de conseils et d?autres services de prévention du VIH et du 
SIDA, en augmentant les services de traitement efficace disponible pour 
réduire la transmission du VIH de la mère à l?enfant et en assurant aux 
femmes séropositives et à leurs enfants l?accès à ces services, ainsi que 
grâce à des interventions efficaces en faveur des femmes séropositives, y 
compris des services de conseil confidentiels et de dépistage volontaire, 
l?accès aux traitements, en particulier aux thérapies antirétrovirales et, 
le cas échéant, la fourniture de substituts du lait maternel et la 
prestation de soins continus ;

(c) formuler d?ici à 2003 et exécuter d?ici à 2005 des politiques et 
stratégies nationales pour mettre en place et renforcer aux niveau 
gouvernemental, familial et communautaire des capacités pour créer un 
environnement favorable aux orphelins et aux garçons et filles séropositifs 
et touchés par le VIH et le SIDA, notamment pour leur fournir des services 
de conseil et d?appui psychosocial approprié ; leur assurer l?inscription 
dans les écoles ainsi que l?accès au logement, à une bonne nutrition, aux 
services de santé et services sociaux au même titre qu?aux autres enfants, 
et protéger les orphelins et les enfants vulnérables de toutes les formes 
de sévices, de violence, d?exploitation, de discrimination et de trafic 
ainsi que de la perte de leur héritage.


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La mise à jour sur la Session Extraordinaire sera publiée pendant toute la 
durée de la Session par le Child Rights Information Network (CRIN). Elle 
sera diffusée à plus de 1.800 adresses e-mail, et plus de 1.000 exemplaires 
seront disponibles pour les délégués se trouvant à New York.

Child Rights Information Network
c/o Save the Children   17 Grove Lane    London SE5 8RD    Royaume Uni
tél : 00 44 (0)207 716 2240   télécopie : 00 44 (0)207 793 7628   e-mail : 
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Venez sur notre site : www.crin.org/specialsession





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