Mise à jour sur la Session Extraordinaire, No. 1



Mise à jour sur la Session Extraordinaire, No. 1, 7 Mai 2002

LES MARCHANDAGES, ENCORE ET TOUJOURS

Comme toujours dans les sommets de l?ONU, la plupart des conclusions des 
travaux ont été tirées avant ceux-ci. Cependant, lorsque Madame 
l?Ambassadrice Durrant a déclaré officiellement close la troisième réunion 
du Comité préparatoire, lundi à 17h 55, aux termes de plusieurs journées de 
négociations supplémentaires, elle s?est déclarée « vraiment déçue » que le 
projet de déclaration de la conférence, intitulé «  Un monde digne des 
enfants », n?ait toujours pas été bouclé. Une demi-heure plus tard, un 
petit groupe de rédaction se réunissait, chargé de finir le travail et d?y 
passer pour cela la journée d?aujourd?hui mardi et « si nécessaire, de 
travailler jusque tard dans la nuit ».

Les principaux points de désaccord sont les suivants :

* les moyens financiers : le Secrétaire Général, Kofi Annan, estime que 
c?est faute d?investissements suffisants que les objectifs du Sommet 
mondial de 1990 sur les enfants n?ont pu être atteints. Les pays en 
développement déclareront que pour que des progrès soient faits, il faut 
des engagements financiers fermes de la part des pays industrialisés ; les 
pays industrialisés, de leur côté, déclareront que les progrès dépendront 
plutôt des politiques menées par les pays en développement.

* la sexualité : les Etats Unis et d?autres états proches des intérêts 
chrétiens ou musulmans sont opposés à toute référence à l?avortement, à 
l?éducation sexuelle, au planning familial et à la santé génésique dans le 
document.

*  les droits : ces mêmes pays cherchent à limiter les références faites 
aux droits des enfants, estimant que c?est aux parents d?élever leurs 
enfants. Par ailleurs, les pays qui veulent que le texte s?appuie sur la 
Convention relative aux droits de l?enfant et la renforce s?opposent à ceux 
? parmi lesquels se trouvent les Etats-Unis ? qui voient d?un mauvais oeil 
l?idée de droits pour les enfants et estiment que c?est aux parents et aux 
états d?avoir à prendre des décisions.

la famille : les pays « religieux » (par exemple le Vatican, qui tout en 
n?étant pas membre de l?ONU, exercera son influence habituelle) ne veulent 
qu?on parle de « famille » que pour désigner  père,  mère et enfants, alors 
que d?autres, en Europe surtout, souhaiteraient qu?on tienne compte de la 
réalité du monde d?aujourdh?ui, à savoir que des millions de familles y 
sont monoparentales, que le « chef de famille » peut également être un 
grand-parent, un enfant, voire un couple homosexuel.

* la participation des enfants : elle a beaucoup été discutée pendant les 
réunions préparatoires mais ne peut plus faire l'objet de grands débats 
dans la mesure où les modalités de la participation des enfants au 
Sommet  sont déjà arrêtées.

D'autres points spécifiques pourraient donner lieu à marchandage :

* le travail des enfants : l'Inde, ainsi que d'autres pays où le problème 
est  répandu, disent que si l'on tient à en parler explicitement , il faut 
le faire en tenant compte de la réalité économique et sociale dans laquelle 
s'inscrit cette pratique.


* la peine de mort et les châtiments corporels : l'Europe y est 
opposée,  les Etats-Unis disent : « pas touche, la décision nous appartient ».

le Proche Orient : toutes les conférences de l'ONU se débattent dans les 
problèmes de savoir comment gérer les demandes des pays musulmans de faire 
condamner Israël et d'évoquer les besoins particuliers des Territoires 
occupés , et  la résistance opposée par les Etats-Unis à ces exigences. 
L'antagonisme sera certainement encore plus prononcé cette fois du fait des 
récentes incursions israéliennes en territoire palestinien.

LA POSITION AMERICAINE

De par sa position dominante dans le monde, Washington jouera un rôle 
majeur. On a vu un bon exemple de la politique du gouvernement américain 
actuel lundi, quand il a été annoncé qu?il allait « se retirer » du traité 
créant une Cour Pénale Internationale : sa position est plus dure et plus 
nationaliste dans les négociations internationales et le souci de compromis 
est moindre. La position adoptée par les Etats-Unis pendant la conférence 
correspond à celle de la droite chrétienne dans ce pays : pour la 
continence, contre l?avortement, pour la famille nucléaire, contre la 
priorité donnée aux droits.

Ce qui pourrait également être important, c?est la position de négociation 
adoptée par des pays en développement bien organisés lors de la dernière 
réunion préparatoire. La Malaysie est à la tête de ce groupe qui se compose 
essentiellement, mais pas uniquement, de pays musulmans. Ce groupe semble 
avoir pris pris le relais du « groupe des 77 » qui regroupait des pays en 
développement, devenu faible et irrésolu.
.
CONFLITS , COMPROMIS

Les pays particulièrement concernés par tel ou tel point contentieux se 
réunissent entre eux et élaborent un compromis à l?arraché : c?est 
généralement un libellé qui passe élégamment sous silence le problème, ou 
alors il y a donnant-donnant. Ainsi la position britannique est ferme sur 
les droits génésiques, mais pourrait renoncer à un libellé clair sur ce 
point dans le document de la conférence, en échange de concessions, par 
exemple, des Américains sur les châtiments corporels.

L?ECHEANCE

Si le groupe de rédaction ne parvient pas à élaborer les compromis 
nécessaires d?ici à mardi soir, et que les autres négociations entreprises 
pendant la semaine n?aboutissent pas non plus, il y a trois scénarios 
possibles :

(a) les problèmes sont portés aux voix et la réunion se termine plus tard 
vendredi
(b) le libellé posant problème est tout simplement biffé du document
(c) l?approche « conférence de Durban sur le racisme », à savoir l?anarchie 
: accord où c?est possible et pour le reste, les problèmes seront résolus 
après la conférence.


LE CONSENSUS DES ONG EN DANGER

Le consensus progressiste des ONG représentées auprès de l?ONU a commencé à 
se fissurer lors de la dernière réunion préparatoire : on a pu constater, 
en effet, que des groupes musulmans et des organisations chrétiennes 
intégristes, ne tenaient aucun compte du consensus sur lequel les ONG ont 
fonctionné depuis des années, et aussi qu?ils n?hésitaient pas à bloquer 
une réunion d?ONG si l?on ne satisfaisait pas leurs exigences. C?est de 
cette façon que des militants américains anti-avortement ont essayé 
d?obtenir que le Caucus des ONG sur les enfants dans les conflits condamne 
l?avortement.

LE SOMMET SUR LES ENFANTS MONTRE DE FACON ECLATANTE LES MANQUEMENTS DES 
ETATS, 	SELON UN CAUCUS

Un Caucus de représentants des droits des enfants estimait hier que le « 
Sommet des Enfants » des Nations Unies risquait de marquer simplement le 
début d?une nouvelle décennie de promesses non tenues.

Quelque 70 chefs d?Etat seront à New York cette semaine pour évaluer les 
progrès réalisés pour les enfants dans le monde entier et adopter un 
nouveau plan d?action. Ce plan fait l?objet de négociations depuis plus 
d?un an, mais reprend surtout les engagements passés, et ne contient pas 
grand-chose en termes de mécanismes de suivi.

« Des millions d?enfants ne peuvent jouir aujourd?hui des droits les plus 
fondamentaux et sont victimes de maltraitances inacceptables, parce que les 
états n?ont pas su honorer leurs engagements », déclare Bill Bell de Save 
the Children UK, au nom du Caucus des droits de l?enfant, qui est un 
rassemblement de plus de 100 organisations non gouvernementales nationales 
et internationales.

Plus de 125 millions d?enfants ne vont pas à l?école ; 250 millions 
d?enfants travaillent, parmi lesquels des millions sont victimes 
d?exploitation sexuelle et de trafic. Deux millions d?enfants sont morts en 
dix ans et près de 25 millions ont été déracinés par des conflits armés. 
Chaque année, dix millions d?enfants meurent de malnutrition et de maladies 
qu?on aurait pu éviter.

Les deux points les plus contentieux et encore en négociation sont liés à 
la Convention relative aux droits de l?enfant et aux droits des adolescents 
à avoir accès à l?éducation et aux structures en matière sexuelle et 
génésique. Sur ces deux dossiers les Etats-Unis représentent un obstacle 
majeur à un accord éventuel.

Ainsi Jo Becker, de Human Rights Watch, estime que ?les Etats-Unis ont 
tenté de marginaliser la Convention relative aux droits de l?enfant et de 
lui enlever son rôle de référence mondiale pour la protection des droits 
des enfants. Ils essaient aussi de revenir sur des accords déjà conclus 
prévoyant de fournir aux adolescents information et structures sur les 
questions sexuelles et génésiques. »

Seuls les Etats-Unis et la Somalie n?ont pas ratifié la Convention relative 
aux droits de l?enfant. Depuis 1989, 191 pays ont ratifié la Convention, ce 
qui en fait le traité le plus largement ratifié de toute l?histoire.

Le Caucus sur les droits de l?enfant s?est félicité que la Session 
extraordinaire s?intéresse à la protection des enfants contre la 
maltraitance, la violence et l?exploitation, alors que ces questions 
avaient été quasiment passées sous silence en 1990.  Mais il a critiqué les 
mécanismes de suivi et de contrôle prévus dans le document de conclusion de 
la Session, insuffisants pour permettre d?obliger les états à rendre compte 
de leurs actes. Ainsi le Comité de l?ONU sur les droits de l?enfant, qui 
est le principal organe international de contrôle pour les enfants, n?a 
reçu aucun soutien supplémentaire, alors qu?il a déjà pris beaucoup de 
retard dans son travail d?évaluation des politiques menées par les états.

Le Caucus a déclaré qu?un plan d?action vigoureux était absolument 
nécessaire pour compenser les « promesses non tenues » au cours des dix ans 
qui ont suivi le Sommet mondial pour les enfants en 1990. Cependant, 
estime-t-il, les états n?affectent pas les moyens financiers nécessaires 
aux enfants. L?aide internationale au développement a plongé au cours des 
années 1990, et les pays en développement n?ont consacré que 12 à 14 % de 
leur budget aux infrastructures sociales de base. Si des promesses 
solennelles ont été faites en faveur de la scolarisation pour tous, 2 % 
seulement de l?aide internationale va à l?enseignement scolaire dans les 
pays pauvres.

Selon Mme Becker, « c?est facile de promettre, mais dans les dix ans à 
venir, il s?agit de veiller à ce que les états honorent leurs engagements. 
En l?absence de volonté politique et de ressources suffisantes, on va tout 
droit à dix ans de plus de promesses non tenues. »

Le Caucus des droits de l?enfants : bref rappel

Le Caucus des droits de l?enfant comprend plus de 100 organisations 
nationales et internationales du monde entier, qui travaillent à promouvoir 
et à protéger les droits des enfants. C?est la plus grande enceinte de 
lobby d?ONG dans le cadre de la Session extraordinaire de l?ONU. En sont 
membres des organisations de défense des droits de l?homme, des ONG de 
développement et des groupes travaillant sur des problèmes spécifiques : 
éducation, santé des enfants et des adolescents, travail des enfants, 
conflits armés...

TABLE RONDE

LE COMITE ONU SUR LES DROITS DE L?ENFANT

Jeudi 9 mai 2002
Church Center, 2ème étage
11 à 13 heures

1ère partie : le rôle du Comité sur les droits de l?enfant dans la mise en 
oeuvre de la Convention sur les droits de l?enfant et le Plan d?Action de 
la Session extraordinaire

2ème partie : les ONG et le processus de contrôle des comités : la pratique 
du système : expériences

les participants :
* Jaap Doek, Président, Comité des Nations Unies sur les droits de l?enfant
* Anne Bayefsky, Columbia Law School
* Paolo David, Bureau du Haut Représentant des Nations Unies pour les 
droits de l?homme (à confirmer)
* Maria Green, International Anti-Poverty Law Center
* Andrea Kahn, Réseau d?Informations sur les Droits des Enfants (CRIN)
* Lesley Miller, UNICEF
* Laura Theytaz, Groupe d?ONG pour la Convention relative aux droits de 
l?enfant


La mise à jour sur la Session Extraordinaire sera publiée pendant toute la 
durée de la Session extraordinaire par le Child Rights Information Network 
(CRIN). Elle sera diffusée à plus de 1.800 adresses e-mail, et plus 1.000 
exemplaires  seront disponibles pour les  délégués se trouvant à New York.


Child Rights Information Network
c/o Save the Children  17 Grove Lane   London SE5 8RD  Royaume Uni
tél 00 44 (0)207 716 2240    télécopie : 00 44 (0) 207 793 7628    e-mail : 
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