HREA Electronic Resource Centre for Human Rights Education:
The Bells of Freedom

 

Pourquoi promouvoir l'enseignement des droits de l'homme?

Les pays africains francophones qui utilisent ce manuel sont désireux de promouvoir les droits de l'homme pour plusieurs raisons : (1) la communauté internationale s'est manifestée de façons énergique et répétée en faveur de l'enseignement des droits de l'homme ; (2) ils croient au droit des citoyens d'être informés de leurs droits ; et (3) dans l'esprit de la Charte africaine des droits de l'homme et des peuples, ils désirent assurer le développement d'un enseignement utile et fructueux.



        1. Support international pour l'enseignement des droits de l'homme L'enseignement des droits de l'homme a été avalisé par plusieurs instruments juridiques mondiaux et régionaux depuis qu'en 1945 la Charte des Nations Unies a appelé à la coopération "en développant et encourageant le respect des droits de l'homme et des libertés fondamentales". Ainsi, ces références contenues dans la Charte à la "promotion" et l'"encouragement" ont crée pour les états la responsabilité d'éduquer et d'enseigner les droits de l'homme. De plus, plusieurs organisations régionales et mondiales ont elles aussi fortement manifesté leur appui. Vers la fin des années 90, alors que les sociétés civiles réémergent en Afrique et ailleurs, que les groupements civiques se multiplient dans les pays en voie de développement, les groupes de défense des droits de l'homme font preuve d'un dynamisme et d'une vitalité évidents. Dans les jeunes démocraties, les organisation non-gouvernementales se trouvent dans l'obligation d'élargir le champ de leur travail d'éducation, considéré à présent comme une stratégie de prévention des violations des droits de l'homme et d'émancipation des individus en quête d'autonomie économique et spirituelle.

Les références de la charte des Nations Unies à la promotion et l'encouragement des droits de l'homme ont été clarifiées en 1948 lorsque l'Assemblée Générale, sans vote de dissension, a adopté la Déclaration universelle des droits de l'homme. Celle-ci proclame l'existence d'"un idéal commun à atteindre par tous les peuples et toutes les nations", qui "s'efforcent, par l'enseignement et l'éducation, de développer le respect de ces droits et libertés". Ainsi l'enseignement est lié de façon instrumentale au devoir de promotion des droits de l'homme mentionné dans la Charte. De plus, le préambule de la Déclaration annonce que "l'enseignement et l'éducation" ne sont pas simplement des fonctions nouvelles que les gouvernements des Etats membres des Nations Unies, après la Seconde Guerre Mondiale, doivent assumer. Enseignement et éducation relèvent maintenant de l'obligation de "tout individu et tous les organes de la société", ce qui légitime le travail d'éducation des masses populaires mené par les ONG.


        2. Le droit à l'éducation. L'éducation n'est pas seulement un moyen de promouvoir le respect des droits de l'homme. Elle est une fin en elle-même. En postulant un droit à l'éducation, les rédacteurs de la Déclaration universelle reconnaissaient que l'éducation n'est pas neutre et dénuée de valeurs idéologiques. L'éducation est toujours liée à un cadre de valeurs, qu'elle soutient. Nous devons donc être conscients du type de valeurs que nous promouvons à travers l'éducation. Dans cet esprit, l'article 26 (Section 2) déclare que l'un des buts fondamentaux de l'enseignement devrait être le "renforcement du respect des droits de l'homme et des libertés fondamentales". Les pactes relatifs aux droits de l'homme (développés plus tard par les Nations Unies et entrés en vigueur en 1976 pour ancrer formellement les droits déclarés en 1948 dans le droit international) ont aussi élaboré sur le droit à l'éducation et sur les valeurs que cette éducation devrait promouvoir. Ainsi, le Pacte relatif aux droits économiques, sociaux et culturels inclut parmi les objectifs pédagogiques qu'il mentionne celui de renforcer le respect pour les droits de l'homme. A l'article 13 (paragraphe 1) il déclare que "l'éducation doit viser au plein épanouissement de la personnalité humaine et du sens de sa dignité".

        Le Pacte déclare aussi que les Etats parties :

            "conviennent en outre que l'éducation doit mettre toute personne en mesure de jouer un rôle utile dans une société libre,              favoriser la compréhension, la tolérance et l'amitié entre toutes les nations et tous les groupes raciaux, ethniques ou              religieux, et encourager le développement des activités des Nations Unies pour le maintient de la paix". (Article 13,              parag. 1)


        A ces formulations positives des objectifs de l'éducation s'ajoutent les proscriptions du Pacte international relatif aux droits civils et politiques. Ce pacte spécifie qu'un Etat qui souscrit au système international des droits de l'homme ne peut s'opposer à ce que les citoyens cherchent à s'informer au sujet de leurs droits. "Nul ne peut être inquiété pour ses opinions", déclare le Pacte dans son article 19, paragraphe 1. L'éducation étant un processus basé sur le partage et la dissémination des idées, le Pacte international relatif aux droits civils et politiques supporte aussi l'enseignement des droits de l'homme lorsqu'il met en avant la proposition suivante :

            "Toute personne a le droit à la liberté d'expression ; ce droit comprend la liberté de rechercher, de recevoir et de              répandre des informations et des idées de toute espèce, sans considération de frontières, sous une forme orale, écrite,              imprimée ou artistique, ou par tout autre moyen de son choix". (Article 19, paragraphe 2)




        3. Le "droit de connaître ses droits" La Charte internationale des droits de l'homme, qui comprend la Déclaration universelle des droits de l'homme et les deux Pactes, insiste sur l'importance de l'éducation dans le monde d'aujourd'hui. Les instruments de droit international ayant tendance à utiliser un langage répétitif et à réitérer les principes cardinaux, il n'est pas surprenant de retrouver dans d'autres documents des échos des normes mentionnées ci-dessus. L'effet cumulatif de ces répétitions aide à souligner l'importance des droits de l'homme. Elle met aussi en lumière une idée connexe : nous avons tous le droit de connaître nos droits. Dans le monde d'aujourd'hui, nos droits doivent être reconnus, et nous devons connaître nos droits. La raison en est indiquée dans le préambule de la Déclaration universelle des droits de l'homme, qui indique que, si nous voulons établir "un monde où les êtres humains seront libres de parler et de croire, libérés de la terreur et de la misère", nous devons aussi établir "une conception commune de ces droits et libertés".

        L'idée des droits de l'homme a des ailes. Elle a fait son chemin autour du globe. Les droits de l'homme, y compris le droit à l'éducation et le droit des peuples a connaître leurs droits, sont établis dans des instruments internationaux allant de la Convention sur les droits de l'enfant (1989) aux accords régionaux en Afrique, Europe et Amérique. Partout dans le monde, les droits de l'homme sont enseignés, parce que de plus en plus de peuples, en Afrique comme ailleurs, savent qu'ils ont des droits et demandent à les connaître et les exercer. Reconnaissant ces développements constructifs, l'Assemblée Générale des Nations Unies (Résolution 49/184) a déclaré les années 1995-2005 comme étant la Décennie des Nations Unies pour l'éducation dans le domaine des droits de l'homme.


        4. Pour un enseignement efficace des droits de l'homme Parmi les instruments établissant la responsabilité des gouvernements dans le domaine de l'éducation, la Charte africaine des droits de l'homme et des peuples n'offre pas seulement l'une des formulations les plus directes de cette responsabilité. Elle demande aussi que cet enseignement des droits de l'homme soit efficace. La Charte de Banjul déclare :

            "Les Etats parties à la présente Charte ont le devoir de promouvoir et d'assurer, par l'enseignement, l'éducation et la              diffusion, le respect des droits et des libertés contenus dans la présente Charte, et de prendre des mesures en vue de              veiller à ce que ces libertés et droits soient compris de même que les obligations et devoirs correspondants." (Article 25)

        Ajouter à la responsabilité des gouvernements d'enseigner les droits de l'homme celle d'aussi assurer que ces droits soient bien compris est une innovation et une addition importante au discours international. En fait, l'efficacité de l'enseignement des droits de l'homme ne devrait pas être le souci des seuls signataires de Banjul, mais de quiconque prend au sérieux l'enseignement des droits de l'homme. Le concept suggère que ceux qui sont chargés d'enseigner les droits de l'homme doivent faire en sorte que de tels programmes remplissent leur fonction, qui est d'assurer que les participants comprennent et acceptent leurs droits, se sentent capables de les exercer, et pensent de par ce faire améliorer leur situation.

        Il devrait être clair que le but d'un enseignement efficace des droits de l'homme n'est pas de semer la discorde sociale. Suggérer qu'il pourrait en être ainsi révèle une méconnaissance de la nature des droits de l'homme et de la démocratie. L'enseignement non- traditionnel des droits de l'homme en Ethiopie s'est fait en respect total de la Constitution et de la loi. En fait, on peut aller jusqu'à dire qu'informer les citoyens de leurs droits devant la loi contribue à faire d'eux des citoyens responsables et respectueux de cette loi.

        Cette vision, de citoyens responsables dans une société ouverte a été clairement énoncée par Layashi Yaker, Secrétaire exécutif de la Commission économique des Nations Unies pour l'Afrique. Devant la 14ème session annuelle de la Commission africaine des droits de l'homme réunie à Addis-Abeba en 1993, il a déclaré : " Les sociétés ouvertes qui accordent de l'importance aux droits de l'homme, qui respectent la règle de droit, qui encouragent la participation du peuple et qui tiennent le gouvernement responsable de ces actes offrent un environnement plus susceptible de favoriser un développement économique soutenable."

        Les Constitutions de nombreux pays africains tels que les Républiques du Congo, du Mali, de la Côte d'Ivoire et du Sénégal se sont engagées énergiquement en faveur des droits de l'homme. Du moment que les droits et libertés constitutionnelles de ces pays doivent être interprétées de façon consistente avec la Déclaration universelle, qui fait de l'"enseignement et l'éducation" l'obligation de "tout individu et tous les organes de la société", les ONG peuvent en toute légitimité entreprendre des activités d'enseignement des droits de l'homme au niveau des masses populaires.

 


Back to Index Bells of Freedom

HREA Electronic Resource Centre for Human Rights Education:
The Bells of Freedom